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04 décembre 2007
Le deuxième fils
Un homme avait deux fils. Brisé par la mort de sa femme, survenue après la naissance du cadet, il décida de confier ses enfants à une nourrice. La première s'appelait République, la seconde, Famille. République était une nourrice reconnue, homologuée, tant pour son lait que pour ses talents d'organisation, qui proposaient aux enfants dont elle avait la charge, un panel d'activités d'éveil varié et une grande richesse dans la diversité. Elle n'avait qu'un seul point faible, elle perdait la mémoire. Alors, un jour, elle avait décidé d'appeler tous les enfants dont elle avait la charge par le même prénom : Citoyen. Famille, quant à elle, était une matrone qui chérissait chacun de ses enfants, et qui souffrait de devoir un jour s'en séparer, en les confiant à République qui, seule, avait le pouvoir de poursuivre leur éducation. L'assurance de République lui pesait, mais elle faisait en sorte de préparer au mieux chaque enfant, qu'elle choyait jusqu'au bout.
Le père était ambitieux, c'est pourquoi il confia le fils aîné à République, qui l'accueillit dans un giron, qui même dépoitraillé, n'en perdait sa prestance, et lui conférait même une assurance très au delà de sa condition de nourrice.
Le fils cadet, nommé Paul, se vit confié à Famille, et le père ne manifesta pas plus d'intérêt, que quelques simples cadeaux de temps à autres, lorsque cela était vraiment nécessaire.
Citoyen, l'aîné, grandit dans un palais, bâti de couloirs et corridors interminables : il y avait le couloir du système scolaire, le couloir de la vie civique, le couloir de l'égalité, le couloir de la réussite... Citoyen portait un uniforme aux couleurs préférées de République, qui faisait honneur à la nourrice triomphante. Paul, de son côté, restait un enfant attaché à sa nourrice, et gravissait les marches de l'âge, le regard émerveillé par le monde, la nature, les livres, laissé libre de se nourrir quand il avait faim, et de s'abreuver lorsqu'il avait soif. Son éducation n'était pas aussi diverse que celle de Citoyen, car Famille ne se souciait que du bien être et de sa sécurité, avant de lui proposer d'autres activités, mais cet enfant s'éveillait rapidement sous le regard protecteur de son heureuse maman de substitution.
Un jour, Famille emmena Paul voir son frère, au palais de République. Ils arrivèrent sur une place où des hommes s'étaient rassemblés, et criaient en jetant des pavés sur le beau palais de République. Ils arrivèrent à se faufiler, et pénétrèrent enfin la maison de l'autre nourrice.
Celle-ci arriva plus dépoitraillée que jamais, essouflée, fatiguée, amaigrie, et elle se confondit en excuses entrecoupées de sourires mielleux : "Excusez mes enfants, ils sont devenus taquins depuis quelques temps ... Voila ce qui arrive lorsqu'on leur interdit quelque chose aux enfants ! J'ai renvoyé leur professeur de maintien, qui a commis la bêtise de leur supprimer les bons points en cas de paresse excessive ! On ne surveille jamais assez le personnel ...". Elle s'arrêta pour détailler Paul : "Eh bien mon garçon, te voila bien privilégié avec ton sourire d'Enfant Jésus ! Mais qu'est-ce qui t'a fait un air aussi bêta ?". Famille sentait la colère monter, mais regarda Paul, ébahi devant tant de nouveauté, qui souriait à République."Pouvons-nous lui faire rencontrer son frère ? Nous sommes venus de loin, et le petit est fatigué ...". République maugréa un "fatigué, mais comment peut-on être fatigué lorsqu'on emprunte les chariots mis à disposition par mon service personnel ?". Elle emmena néanmoins Famille et son petit jusqu'au grand frère Citoyen.
Il avait fallu traverser maints et maints couloirs et corridors, gravir des marches et des marches. il y avait bien un ascenseur, qui trônait entre de beaux entrelacs de fer forgé, comme celui des grandes galeries, mais on lisait un panneau où brillaient ces mots en lettres majuscules : "Réservé à la diversité".Famille se dit en elle-même qu'il était presque vide, on aurait pu s'y faufiler, mais soupira en serrant fort Paul dans ses bras.
(suite la prochaine fois ...)
Néel de Néhou
11:10 Publié dans Humour | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : feuilleton, Famille et République


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